Oiseaux-balades

Oiseaux-balades

Séjour en Guyane, jour 7

Séjour en Guyane :

jour 7

 

 

17-07-2017

   

Quelques rares chants ce matin quand j’ouvre les yeux, l’Approuague n’est pas en colère, pourtant son grondement et le premier son que j’identifie.

 

Il faut dire que le carbet de Mathias se trouve à proximité immédiate du saut et en fait ici, un « saut » est une appellation pour un dénivelé du fleuve sur lequel sont plantés des rochers.

 

Les turbulences aquatiques générées par les grosses pierres ainsi que la vitesse accentuée localement crée un bruit de fond caractéristiques des rapides ou des chutes d’eau.

 

Reste que l’endroit est tellement paisible, que l’on intègre parfaitement ce ronronnement permanent   qui nous  apparaît comme les notes indispensables au murmure  de la forêt.

  

En regard des jours passés, il fait un peu frais, la brume est envahissante et interdit une vue d’ensemble, mais génère un charme certain.

 

Je vais me plonger dans les eaux du fleuve, heureusement que nous restons plusieurs jours ici, les chemises à séchage rapide sont comme la serviette nu même nom, un attrape nigaud.

  

Ici le pourcentage d’humidité est tellement élevé qu’il faut attendre que le soleil darde ses rayons directement sur les vêtements pour espérer les voir au sec.

  

Mes collatéraux commencent à sortir de leur sommeil, Alain et Philippe ont déjà , comme moi leur appareil photo à la main, d’ailleurs le second me montre une toile d’araignée de plusieurs mètres carrés de surface qui recouvre les basses branches d’un arbre.

  

UE8A8661 toile.jpg

Toile d'araignée sur fond de brume

    

Loëlia commence les préparatifs du petit déjeuner et autour de la grande table, les commentaires sur la sortie nocturne d'hier soir, fusent dans tous les sens.

  

Ici une grosse araignée, là une sorte de boa ou un petit serpent tout vert et fin comme une liane.

  

On nous montre des photos de toute la faune aperçue, dans le noir, y compris un caïman d’une taille déjà bien avancée qui était venu tout proche de la rive en contrebas du carbet.

  

Un gros papillon appelé « morpho » par certaines personnes fait son apparition, tous ont beau y faire, l’animal à toujours les ailes refermées quand on tente de le photographier.

  

Une jolie grenouille fait également office de faire valoir au superbe papillon possédant une superbe couleur bleue électrique légèrement changeante suivant la luminosité sous laquelle il se trouve quand  il a les ailes ouvertes.

  

Une fois la collation matinale consommée, notre guide nous propose une balade en forêt, il a lui-même dessiné, taillé et entretenu un chemin pédagogique dans la forêt que nous allons emprunter.

  

C’est le moment où il nous conseille judicieusement sur la conduite à tenir en cas d’égarement si nous décidons de partir seuls en balade, perso je serais bien tenté, mais je considère qu’il vaut mieux rester groupé.

  

Voyant notre intérêt général , suscité par la Dryade à queue fourchue (Thalurania furcata), il nous a conseillé également la veille de tenter de trouver l’un de ses perchoirs favoris, ce qui fut fait assez facilement ce matin.

  

 UE8A8628 Dryade à queue fourchue.jpg
Dryade à queue fourchue (Thalurania furcata) 

 

Car à l’instar de bons nombres d’espèces, celle-ci possède un parcours sur le territoire qu’elle s’est octroyée, le fait de façon cyclique et que nous avons toutes nos chances de revoir le superbe mâle venir butiner devant la construction principale.

  

D’ailleurs, le cri de contact de l’oiseau en vol est parfaitement reconnaissable maintenant et par tous.

  

Nous avons très vite appris à identifier son cheminement de parterres de fleurs en buissons florissants, apparemment c’est parfaitement rodé et quand on le repère sur un bouquet, on peut s’attendre à le voir venir butiner sur un suivant et ainsi de suite.

  

Mâle et femelle ont chacun un perchoir propre et semble passer en alternance, celui de madame est une branche à environ trois mètres de haut juste devant le carbet, difficile de la rater dans ces conditions.

  

C’est le moment de commencer la balade pédestre à travers la forêt, encore une fois, Bernadette n’est pas de l’activité.

  

Elle profite de la présence de Loëlia et notre groupe s’arrête alors que nous sommes encore à peine à la moitié du jardin, car de son œil affuté Mathias a repéré un couple de Coracine chauve (Perissocephalus tricolor).

 

UE8A8699 Coracine chauve.jpgCoracine chauve (Perissocephalus tricolor)
  

Les deux oiseaux semblent avoir des morceaux de végétaux dans le bec, de petite brindilles pour l’un de la mousse pour l’autre, serait-ce  un signe de nidification, ici tout est possible.

  

En tout cas, l’observation bien qu’en partie cachée par les feuilles de l’arbre où se trouvent les oiseaux, reste splendide et marque les esprits.

  

Les deux volatiles finissent par ne plus être visibles et au moment de pénétrer sous les arbres, un Grimpar bec en coin (Glyphorynchus spirurus) vient tout à côté de nous, il monte comme un pic, mais ce n’en ai pas un.

  

La promenade permet de supprimer des croyances que l’on pensait comme immuables.

  

Ici forêt tropicale n’est pas du tout comme dans les films de Tarzan, nous en avions déjà eu un aperçu en montant au sommet de la Savane Roche Virginie.

  

Bien que dense par ses végétaux, il est tout de même possible de progresser facilement au sol et bien sûr, il y a le sentier créé par Mathias qui est entretenu régulièrement.

  

Reste que la canopée coupant les rayonnements du soleil, seule la chute d’un grand arbre, permet de creuser un puits de lumière et de favoriser la pousse à partir des étages inférieurs.

  

Nos pas nous emmènent dans une  pérégrination forestière et notre  guide  nous abreuve de conseils et de renseignements tous aussi intéressants et instructifs les uns que les autres.

  

Plus loin, le chant tonitruant et résonant avec vigueur nous parvient, nous, nous fixons, c’est un Troglodyte arada (Cyphorhinus arada) et  il répond parfaitement à la repasse, signe extérieur de territorialité prononcée.

   

UE8A8737 Troglodyte arada.jpgTroglodyte arada (Cyphorhinus arada)
  

Le cri d’un autre oiseau attire l’attention  de Mathias, un Pic à cou rouge (Campephilus rubricollis) est assez proche, il finit par le trouver et l’observation de grande qualité encore une fois.

  

UE8A8761 Pic à cou rouge.jpgPic à cou rouge (Campephilus rubricollis)
  

L’animal n’est pas tout, l’accent est également mis sur les plantes aussi bien vivantes que mortes

  

Les champignons n’échappent pas à la règle, il faudra tout de même que j’ouvre un livre pour les étudier un de ces jours.

   

UE8A8793 Champignon inconnu.jpgChampignon inconnu
  

Précédés par notre guide, nous avançons en toute sécurité dans la forêt et  il sait déceler des cris particuliers comme celui de la rare Antriade turdoïde (Schiffornis turdina) qui tourne autour de nous.

  

Au terme d’une belle observation, où il a lui-même pris une série de photos, il nous assure que cette espèce  de passereau n’est pas si facile que cela à voir et encore moins, de la prendre en photographie.

   

UE8A8794 Antriade turdoide.jpgAntriade turdoïde (Schiffornis turdina)
  

Ici une descente rendue grasse par la dernière pluie, là un ruisseau  avec un passage de pierres naturelles, tout est question d’équilibre, même les odeurs du sous-bois invitent à la réflexion.

  

Le martèlement régulier qui résonne à nos oreilles, nous ordonne à une nouvelle prospection hors du sentier, l’oiseau que nous recherchons est moins facile à localiser que son cousin à cou rouge.

   

UE8A8854 Pic mordoré.jpgPic mordoré (Celeus elegans)
  

Plaqué contre le tronc d‘un gros arbre et donnant des coups de bec vigoureux, un Pic mordoré (Celeus elegans) se confond totalement avec l’écorce sous certaines lumières.

  

Il est superbe et les morceaux qu’il arrive à arracher de son support, témoignent de sa force et surtout de l’envie de capturer la bestiole qui se cache là.

  

Cette balade sur le sentier me permettra de voir dans une ronde de sous-bois le Batara ardoisé (Thamnomanes ardesiacus) puis plus tard de retrouver au carbet retrouver les oiseaux, grenouilles et autres lézards du jardin.

  

Une pose s’impose après ces presque deux heures de marche juste avant le repas de la mi-journée.

  

Certains vont jusqu’à piquer une tête dans le bras de l’Approuague juste devant le carbet, c’est que là, il n’y a pas de courant ni de remous, la sécurité y est absolue.

   

UE8A8888 - une tête dans l'eau.jpg
  

Le temps de se retrouver au sec, puis on passe à table, encore une fois ce qui nous est servi, est réellement succulent, Mathias met des noms sur les photos d’oiseaux non identifiés.

  

Le repas fini, c’est l’heure de la balade en pirogue et comme il n’y a pas de marche, Bernadette peut nous accompagner au plaisir de tous.

  

Un peu avant le départ, Philippe qui s’est installé  dans un coin du jardin, a la chance de bien observer un Aigle orné (Spizaetus ornatus).

  

Au moment où celui-ci décolle, Mathias le repère en vol, comme je suis à côté de lui, je l’aperçois également brièvement.

  

Nous nous précipitons pour une meilleure observation et je mets le pied dans un trou creusé par une bestiole quelconque.

  

Je prends une gamelle en m’étalant de tout mon long et je ne peux que voir le magnifique rapace disparaitre dans la frondaison des grands arbres.

  

De suite, notre guide me regarde avec quelques secondes d’inquiétude dans le regard.

  

Certes je me suis tordu la cheville, mais rien de comparable avec le problème de Bernadette, qui elle sans trop vouloir nous pénaliser, subit une autre douleur bien plus intense que la mienne.

  

L’oiseau de proies ayant disparu, je me relève rapidement, accuse les regards et les sourires en coin et remercie secrètement le ciel que personne n’est fait de photo de moi.

  

Je suis donc bien heureux d’avoir moins d’importance qu’un Spizaète aux yeux de mes collatéraux pour ce voyage.

  

Dans la foulée, nous découvrons à une distance importante un Grand urubu (Cathartes melambrotus) qui plane au-dessus de la forêt.

  

Mathias fera plusieurs allers-retours du carbet au fond du jardin avec l’infime espoir de revoir le grand prédateur ailé, mais peine perdue, celui-ci devrait hanter une autre partie de son territoire de chasse.

  

Après toutes ces émotions, nous embarquons comme hier au même endroit, les premières Hirondelles à ceintures blanches (Atticora fasciata) de la journée  apparaissent.

  

Que ce soit sur les sauts ou sur les parties plus calmes du cours d’eau, des colonies plus ou moins importantes de petites chauves-souris sont observées accrochées à des branches mortes ou plaquées contre de grosses pierres émergées.

  

Les Engoulevents trifides (Hydropsalis climacocerca) sont également sur leur rocher parfaitement à l’abri des prédateurs terrestres et leur plumage mimétique leur assure un camouflage quasi parfait en les rendant pratiquement invisibles. 

  

Notre pilote tente de retrouver  le rare héron observé hier, mais pas l’ombre de la queue de l’Onoré.

  

En passant  devant une trouée, une Buse blanche (Pseudastur albicollis) est aperçue l’espace d’un instant et temps de maitriser l’inertie de l’embarcation, le rapace s’est envolé.

  

Mathias trouve un endroit pour accoster et nous débarquons tous à l’exception de Bernadette, puis  nous partons pour une balade pédestre.

 

Un grimpar est observé , mais avec la luminosité négative de cet après-midi en sous-bois, les photos restent médiocre

  

Au bout d’un moment il faut se résigner, car le superbe rapace reste introuvable et le ciel commence à déverser une pluie locale comme si cela nous manquait.

  

Nous tentons de passer à travers les gouttes pour regagner l’embarcation, mais c’est raté, car nous sommes trempés quand nous arrivons à la pirogue puis c’est le retour alors que le ciel se dégage des nuages, mais reste sombre.

  

Une espèce de gros oiseau assez sombre se déplace en volant, mais nous ne le retrouverons pas et maintenant que nous sommes sur l’eau, les Hirondelles à ailes blanches (Tachycineta albiventer) ainsi que les tyrans font leur réapparition.

   

UE8A8960 Hirondelle à ailes blanches.jpgHirondelles à ailes blanches (Tachycineta albiventer)
  

Comme maintenant l’après-midi est bien avancé, nous prenons le chemin du retour et les Martins Pêcheur à ventre roux (Megaceryle torquata) sont toujours présents de long en long et  nous constatons une nette amélioration de la météo.

  

Le Piauhau hurleur (Lipaugus vociferans), lui se manifeste par son cri puissant et le dernier urubu encore un grand de la journée nous honore de son vol plané.

  

Plus tard et plus loin, quelques toucans, des ariels, mais également des becs rouges, traversent devant nous, reste que la luminosité descendante, les photos ne seront pas vraiment au top.

  

Ce sera la même chose pour les Engoulevents à queue courte (Lurocalis semitorquatus), qui volant  à la limite de la cime des arbres du bord du fleuve et à bonne allure avec des décrochements inattendus, seront donc assez durs à pixéliser.

   

UE8A9013 Engoulevent à queue courte.jpgEngoulevents à queue courte (Lurocalis semitorquatus)
  

Les couleurs changeantes du soir qui s’installent et l’isolation du site apporte vraiment un bon moment de sérénité, pour tout le groupe.

  

Notre maitresse de maison nous a encore préparé un vraiment très bon repas et je prends encore conscience du fait que toutes les activités qu’elle occupe, même avec son air malicieux, dégage énormément de temps pour Mathias en notre faveur.

  

Le repas fini, certaines photos sont revus, mon carnet de notes ressorti pour les vérifications d’usage, puis les noctambules se préparent à faire une balade nocturne dans le coin ou un peu plus loin.

  

Des lampes frontales sont allumées dans le jardin et je me décide donc, à aller voir de quoi il en retourne et deux de mes collatéraux sont devant un buisson en train de regarder un énorme crapaud que je crois buffle.

   

UE8A9050 enorme le crapeau.jpgCrapaud énorme!
  

Ma lampe me le permettant, je tente quelques clichés du batracien que je trouve réellement énorme pour ne pas dire géant.

  

Et dire que cet animal devient invasif dans beaucoup de pays dont la France métropolitaine et cela par la faute de l’homme.

  

Après ce léger intermède, je décide finalement à me coucher, car  il fera encore assez jour demain pour moi.

 



07/11/2017
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